Sylvie Guillaume | Restes à venir

online :

À la manière d’un journal intime dans lequel le réel et l’imaginaire cohabitent, cette série de photographies retrace un parcours dans ma mémoire d’enfant. A travers les lieux familiers, j’ai souhaité réemprunter les chemins pour en redéfinir les images et dresser le portrait d’un territoire intime revisité.

Que sont devenus ces lieux ? Que reste­-t-­il de la réalité de mes souvenirs ? Comment après l’acte de photographier continueront­ils à exister ? Aujourd’hui, avec un recul de près de vingt ans, j’ai ressenti le besoin de me retourner, de questionner les témoins, confronter ces souvenirs à mes nouvelles perceptions de représentation de l’espace. Les paysages dans lesquels nous grandissons nous façonnent, racontent notre histoire, cristallisent en eux des instants, voire des périodes de notre vie. Ils en font partie… “Restes à venir” est un travail sur cette mémoire, sur la question du souvenir et de sa confrontation avec l’instant présent, sur ce qu’il restera du présent retrouvé dans ce qui est à venir. Une double chronologie s’installe alors et une étrange résonance transforme des images parfois anodines en outils de rappel. Malgré leur apparence d’évidente vérité, les portraits et les morceaux de paysages réinventés dans cette série sont empreints d’imaginaire. Ils témoignent de mes expériences où mémoires volontaire et fortuite se mêlent afin de montrer la nature comme un terrain de découverte de soi et de compréhension du monde. Le paysage devient l’image d’un instant et d’une expérience particulière réinventée au présent, un présent qui évoque des images du passé, qui permet des comparaisons, un présent formé de déceptions surmontées – synthèse de mon itinéraire dans ces paysages autobiographiques. Bien que dissociés dans mes images, le fond paysager et la figure des portraits de la représentation picturale rassemblent les fragments d’une enfance retrouvée, comme des éléments de superpositions faites ou à refaire, ou autant de cailloux sur la piste du temps traqué et pris à rebours.

Projet réalisé en 2013 avec le soutien de “Regards sans limites / Blicke Ohne Grenzen” ­ bourse d’aide à la création en faveur de la jeune photographie dans la Grande Région transfrontalière ( France, Allemagne, Luxembourg )

 

 

Née le 03 Mars 1980 à Saarlouis en Allemagne, vit et travaille à Nancy.

Après un diplôme à l’École nationale supérieure d’art de Nancy en 2002 et une maîtrise d’Arts du spectacle à l’Institut Européen de Cinéma et d’Audiovisuel de Nancy en 2004, Sylvie Guillaume s’oriente vers la photographie. Elle débute un travail d’auteur en 2008 et expose sa première série lors de la “ 15ème Biennale Internationale de l’Image ” à Nancy. Avec une production essentiellement réalisé au moyen­format argentique, elle fait partie des candidats sélectionnés et exposés dans le cadre de la “12th International Krappy Kamera Competition” à la Soho Photo Gallery à New York, puis en 2012 lors de l’exposition “A Minima ­ Carte blanche à Yannick Vigouroux ”, à la médiathèque Marguerite Duras à Paris. Lauréate en 2013 de la bourse “ Regards sans limites / Blicke Ohne Grenzen #2 ” ­ soutien à la création en faveur de la jeune photographie dans la Grande Région transfrontalière (France, Allemagne, Luxembourg), la dernière série  photographique de Sylvie Guillaume, “ Restes à venir ” s’inscrit dans une exposition collective en itinérance au sein de la Grande Région en 2014­2015.
Sensible à la représentation de l’espace et du paysage, la photographe rend compte du territoire dans une perspective liée à l’intime, en questionnant le rapport entre sphère publique et sphère privée. Elle nous invite à appréhender des récits cachés, teintés d’émotions et de couleurs singulières, en attirant notre attention sur les notions d’harmonie et de rupture qui composent le paysage. Celui ­ci s’ouvre ainsi comme une scène mentale perçue à travers différents codes esthétiques, que l’artiste relie à certains ” éléments ” de la nature, en identifiant des interstices libre d’interprétations. En jouant sur l’ambiguïté entre une certaine idée de continuité du monde réel et la subjectivité d’une vision fabriquée, son travail convoque le regard autour de la résolution des espaces en tant qu’entités, qu’ils émanent d’une réalité ” linéaire ” ou qu’ils soient des fragments d’une réalité sélective.

www.sylvieguillaume.com