Simon Rimaz | Les tours de Cythère

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Published in Revue l’héliotrope #04 “Collection(s)” – may 2010

Poc, pac, poc, pac, poc, pac, poc, pac… 

Tel un glas il résonne, l’écho des gynécées. Un trépas est annoncé ! L’esprit serein n’est plus, le tourment l’a surpris et la raison s’y noie. Callipyges statufiées, Aphrodites fardées d’arrogance marbrée, belles haut-perchées sur ces socles géants… Mythologique armée en tenue de combat. Marche au pas ! Femmes guerrières, les voilà qui approchent ! Cadence funeste ! Poc, pac, poc, pac… Talons d’Achilles, d’Achilles au corps d’Hélène. Poc, pac, poc… Rythme des armures qui avancent, qui avancent… et quelles armures ! Nulle charge ne paraît les troubler, forteresses imprenables que ces rêves de pierre. Poc, pac… Assauts ! Assauts ! Les nymphes titanesques tiennent et tiennent encore. Escalader les colosses ! Grimper un peu plus, atteindre le joyau que renferment ces murs… pénétrer les remparts des démones grandioses. Appelés vers leur sein par quelque chant magique, tous y braquent leur barre… mais durs sont les récifs qui bordent leur accès. Combien d’embarcations déjà s’y sont échouées ? Qu’importe ! Poursuivre l’ascension, monter, monter, monter… toujours plus bas ! Briguer la toison d’or contenue dans ces tours. Prendre, prendre, prendre ce pied monstrueux ! Atteindre le sommet, envahir l’intérieur du fort. Trouver une fissure, une fente, s’y faufiler… Enfin ! Prendre ! Oui, prendre cette géante comme on prend un château ! Descendre à la salle des coffres ; être ébloui, étourdi, abruti par trop de splendeurs, par trop d’éclats… s’y trouver enfermé, captif ! Condamné ! Pac, poc, pac, poc, pac, poc… Elle s’en va, tombale forteresse… plus difficile encore à quitter qu’à percer.

Par ces éminents monolithes ainsi auréolés, Simon Rimaz révèle ces donjons enchanteurs. Guérites travesties en palais prodigieux… frêles fillettes juchées sur de robustes piédestaux… lilliputiennes centuplées… Femmes, enfin ! Femmes… femmes immenses, femmes monuments… Cyclopéennes créatures, colossaux édifices aux parois périlleuses !… Remparts terribles le long desquelles luit cette meurtrière qui dore – de ses feux – les parures vernies d’une âme va-nu-pieds.

 

 

Né en 1987
Vit et travaille à Lausanne (CH)
www.simonrimaz.ch

Expositions
dec.2009 : “selection/auswahl 09”, Photoforum PasquArt, Bienne, CH

Prix
Grand Prix ILFORD 2010, categorie black and white digital, France