Patrice Broquier | Acédia | 2006

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Published in Revue l’héliotrope #02 “Territoire(s)” – April 2009


” La réflexion sur la photographie est constamment menacée par deux pièges. Le premier consiste à croire que la photographie est un pur reflet du monde. A ce titre, elle serait moins une forme de création qu’une forme d’enregistrement du réel. Elle ne serait donc pas un art. Le second, à l’inverse, consiste à penser toute photographie comme un ensemble de signes porteurs de signification. Pour le premier de ces points de vues, la photographie n’a pas d’autre particularité que le fragment de réalité dont elle est censée reproduire fidèlement l’image. Pour le second, la photographie n’a pas d’autre but que de vouloir dire quelque chose. Ces deux pièges n’ont pas aujourd’hui la même importance. L’idée que la photographie soit un reflet du monde n’est plus défendue par personne tandis que l’idée que la photographie « dise » quelque chose semble une évidence. Pourtant ces deux pièges conduisent chacun à une impasse. D’une manière ou d’une autre, ils contribuent à nous rendre la photographie incompréhensible. ”

Serge Tisseron
Le mystère de la chambre claire / photographie et inconscient. 1996

Je travaille depuis ces dernières années sur un ensemble d’images que j’ai regroupé sous la dénomination : “Switch” décliné en plusieurs mouvements (dont SW1 présenté à la galerie Bortier sous forme de tirages et SW2b en projection à Ath en Décembre dernier). Je vous propose l’évolution de ce travail que je nomme : Acédia
Cette série est faite de rapports d’images hétéroclites qui définissent la même constante autour de laquelle je travaille par cercles concentriques. Je photographie par état de nécessité psychologique, c’est à dire pour prendre conscience toujours un peu plus loin de ce que je suis, dans l’espace où je me situe. C’est sur le fil. Il y a en fond : instabilité, enfoncement, équanimité, adynamie… une succession d’équilibres précaires. Ces images développent des correspondances dont on aurait enlevé le premier terme. J’accepte ce travail autant que je le construis .
Mon territoire est autant un lieu d’introspection décliné photographiquement que des morceaux d’espaces ou des fragments d’images décontextualisées et confrontés à la planéité de la photographie. Il constitue le lieu de projections des limites anonymat /identité, public / privé, fiction / réalité, des limites de de la photographie, donc de ses spécificités et de la délimitation de mes propres limites d’être humain. Il y a ici peu de lignes de fuite, peu d’horizons. Je peux ainsi y rejouer à l’infini mes propres enfermements en passant d’une écriture photographique à une autre.

Patrice Broquier / Fevrier 2009