Olivier Despicht | Mylène 2009-2016

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Dans l’entrée de la maison, située dans un quartier résidentiel de Lille, Olivier Despicht a installé un dispositif très simple, conquis sur l’espace domestique utilitaire : un tabouret est posé devant un mur revêtu de fibre de verre, éclairé à 90° par une fenêtre orientée à l’ouest, dont un rideau peut occulter la partie inférieure. On peut y voir l’écho d’une certaine maison de Delft au XVII e siècle, ou plus simplement la reproduction de la cabine de Photomaton dans laquelle Olivier Despicht a commencé ses recherches photographiques sur la mise en scène, en 1990.
Sur ce tabouret, auquel fait face Olivier, prend place Mylène, sa femme et modèle depuis vingt-cinq ans. Deux cent mille photos ont été prises dans ce dispositif entre 2009 et 2016. Cinq mille de ces images se sont révélées intéressantes. Vingt-quatre sont présentées ici.
Quand elle occupe cet espace, assise ou debout, Mylène ne joue pas un rôle ; elle n’échafaude aucune fiction. Si la relation amoureuse est évidente, la série n’en constitue pas l’histoire. Peut-être s’agit-il de portraits d’un couple, dont une moitié est hors-champ. Mais s’il y a jeu, les paramètres n’en sont que la lumière et les habitudes. Les images qui en résultent ne racontent que l’extension des possibilités à l’intérieur de la situation.
Car Olivier Despicht s’autorise alors ce qu’il s’interdit quand il travaille avec d’autres que Mylène. Des cadrages qui coupent les jambes ; une irruption du photographe dans le champ qu’habite normalement le seul modèle. Une inhabituelle spontanéité dans une démarche marquée par la précision et l’immobilité qui, de Memling à Nadar, connotent la pose, ontologie du portrait.
Mylène se montre active dans ce processus d’invention ; le tentant cliché de la muse cacherait l’aspect quasi collaboratif de la démarche. Parmi tous les modèles d’Olivier, elle seule s’autorise à transgresser, par ses initiatives, les règles qui fondent son esthétique frontale et distante. Elle incarne une recherche d’autres issues, par sa présence corporelle, sa façon d’habiter ses vêtements, l’intensité de son expression pourtant impassible. La profondeur et l’intégrité de ces images tient ainsi en quelques paradoxes, fabriqués en couple : fraîche habitude, sensualité glaciale, sentimentalisme lointain, opulence ascétique, banalité sublime.
Philippe Baryga