Oliver Clément | Permanent present

Oliver Clément | Permanent present

Travail en cours.
tirage jet d’encre sur Gloss Baryta Harman / tirage jet d’encre pigmentaire – 
Formats Variables

Ce travail à comme point d’origine une méditation poétique et entêtée sur le concept d’histoire de Walter Benjamin qui introduisit la notion de “dialectique à l’arrêt”. N’étant pas philosophe ni ne pouvant aspirer à comprendre les complexités d’une telle pensée, je me suis néanmoins approprié cette formule comme possibilité d’une hypothèse profane, d’une façon d’exprimer la qualité de temps particulière que traverse notre période contemporaine. En effet, celle ci me
semble se caractériser par un rétrécissement des attentions sur le présent le plus immédiat avec comme effet un sentiment de présent continuel, sans horizons ni périphéries, un “présent permanent”. Ce déficit de vision périphérique pour notre temporalité nous abandonne à un réel qui ne parvient plus à être actuel à force d’actualités, qui réside à l’état de spectre, flirtant avec la virtualité. Ce constat inquiet m’a amené à me questionner sur la possibilité de la pensée d’un futur dans ce continuel contemporain.
La modernité entendue au sens vernaculaire, portait en soi une charge d’utopie et de croyances positives en l’avenir. Dans ce travail qui se déroule sur le mode d’une chronique ouverte, mon attention s’est portée sur des manifestations non spectaculaires, modestes, des a-côtés de cette modernité qui demeurent visibles sous la forme d’objets, de choses et d’états de choses directement préhensiles par ma vision. Des choses qui par le passé pouvaient incarner des futurs possibles, aujourd’hui inaboutis, et qui se maintiennent à l’état de “mirages du présent dans le passé” (Bergson). Mes photographies collectent des fragments discrets
d’utopies périmées pour les soumettre à un examen poétique et envisager certains angles morts de la modernité.
Mais hormis cette face inquiète que nous reflète le champ théorique de la post-histoire et cette vision d’un monde purgatoire parcouru de spasmes de la nostalgie, la polysémie des termes nous permet d’entendre la formule comme un « présent » – cadeau, ou offrande – permanent, nous laissant espérer la possibilité de réinvestir dans les utopies, dans le politique, dans l’imaginaire.
Ainsi par exemple pour ce filet de trampoline, entrelacs de fils désarticulés dont la plastique révèle ce squelette en fil de fer, ou Mesh support de toute image virtuelle en informatique qui devient ici la possibilité d’un paysage. A l’image encore de ce clavier d’ordinateur, fétiche obsolète saisi dans un centre hypertechnologisé, une tour de contrôle des flux aériens, qui semble abandonné à l’état d’un vestige encore auréolé de la croyance en un Internet susceptible
de produire un nouveau vivre-ensemble etc.
Mes images sont réalisées sur le mode d’un constat documentaire déviant, dans lesquelles les critères de précision, de neutralité ou de clarté n’engendreraient aucun surcroît de présence des objets représentés, aucune objectivité sinon une poétique acceptant les sensualités du neutre et du générique. Il s’agit ici de maintenir les objets, échantillons de mon quotidien immédiat, dans un état d’ambiguïté sémantique, de dérobade du sens, de présence incertaine.
Je recherche à produire à travers des images volontairement évidées ou abstraites, une certaine qualité de mystère et de silence ouvrant le champ à la fiction et la narrativité.

BIOGRAPHIE
Né en 1978 à Saarbrucken (Allemagne), il vit et travaille à en Alsace / Moselle. Délaissant les balisages cartésiens d’une carrière scientifique dans la recherche biomédicale, il intègre l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles et sera diplomé en 2009. Son travail se focalise sur la production d’images dont l’attention est portée sur de minutieux incidents de son quotidien. Il explore une formulation visuelle de la poétique discrète et les capacités micro-fictionnelle de la photographie avec un intérêt spécifique pour la survivance des utopies modernistes et de leurs adéquations avec une esthétique choisie. Son travail fut présenté
à Arles, Strasbourg et Hambourg et sur l’invitation du commissaire Fabrizio Mifsud Soler à la galerie St. James Cavalier à Malte. Sa dernière série photographique “Permanent present / Chronicle from the french Texas” réalisée dans le cadre de la bourse “Sans Limites / Blicke ohne Grenzen» sera présenté au CNA à Dudelange, au Saarländisches Künstlerhaus à Saarbrücken et à la Galerie Robert Doisneau de Vendoeuvre durant l’année 2015/2016.

www.oliverclement.com